
Escape to Ecolint: the story of Any Hecker
On the 11th May 2021, the following obituary appeared in Le Monde, one of France’s most reputed daily newspapers*:
The list of details that are specified about the life of Any Klein, née Hecker, is succinct, though by no means insignificant. The Club de Gymnastique Aquatique et de Natation that she founded in Paris in 1994 is a substantial organization. This made all the more remarkable her family’s decision to highlight Any’s years as an Ecolint student in the mid-1940s. The implications raised by that particular period – the depths of World War II – and her family name were confirmed when I checked our school’s handwritten register: she came to us in 1943 from Lyon, her religion is listed as “israélite,” and her parents are recorded as “sans occupation.” In other words, they must have been refugees from the ruthless and relentless anti-Semitic persecution that was sweeping through Nazi-occupied France at the time.
I wondered how the Hecker family managed to escape into Switzerland, given that Lyon had been under direct German control since November 1942 (and the preceding Vichy régime of the so-called “Zone libre” had hardly been less ferocious than its Nazi overlords in its implementation of anti-Semitic policies). The Heckers were far from unique among Jewish families in regarding Ecolint as an educational haven for their children in that deadliest of all periods in European history (which was already saturated with horrors). A steady stream of Jewish children from all over the continent (and beyond) were enrolled in our school during the 1930s and 1940s, even during the darkest days of the Holocaust. Ecolint made a point of welcoming and sheltering them, even when their parents’ economic circumstances prevented them from keeping up with the school’s fees (and specifically, in the case of boarders, when all contact with their families abroad had been lost).
Perhaps this was why, I thought, Any’s family – in recognition of her cherished and appreciative memories of our school – chose to single out Ecolint in her avis de décès last May.
This hunch was confirmed with a bit more research, which uncovered a touching reminiscence of Any’s Ecolint experience, published in 1974 in the landmark 50th anniversary “Red Book” (the official title of which is International School of Geneva – The first 50 years). It provides us with a glimpse into her perceptions and emotions at the time – in the words of Ecolint’s legendary director from 1929 to 1949, Marie-Thérèse Maurette, “un long et émouvant témoignage”:
To see if I could find out more, I contacted Any’s family, using the e-mail address specified in Le Monde’s avis de décès. The response, from Any’s daughter, Marine Philip (née Klein), exceeded my most optimistic hopes. To satisfy my queries, Mme Klein kindly took the trouble of writing a detailed and fascinating historical account, which you will find reproduced below, with her permission.
Even more compelling are Any’s own recollections as a 10-year-old (also sent to me by her daughter) of her family’s perilous escape through the deep snow into Switzerland from Nazi-occupied France, on Christmas Eve 1942. You will also find them at the end of this article.
In the October 1944 issue of The Amoeba, one of Ecolint’s early student magazines, Any (aged 12 at the time) left us these charming observations on the experience of crossing Geneva’s Mont Blanc bridge on a particularly windy day:
“En traversant le pont du Mt Blanc par un jour de bise”
L’autre jour, je ne sais plus quand, j’ai dû traverser le pont du Mt Blanc à pied, sans doute pour des raisons matérielles, ce qui m’arrive 9 fois sur 10, selon mon habitude. C’est excellent pour les nerfs, dit le docteur. Je voudrais bien qu’il soit à ma place… oh !... et puis non, c’est très drôle les jours de bise comme aujourd’hui. Une bonne dame affairée ou qui se donne l’allure de l’être me bouscule et me pousse dans la voiture d’un marmot qui pleure, d’où je me dépêtre non sans peine. Je continue ma route sans autres incidents, ce que je regrette, n’aimant pas la monotonie.
Tiens, tiens, voilà une dame qui est bien fière du monument dernier-cri (est-ce snob ou zazou ?) qu’elle porte sur ses cheveux platines ébouriffés. Tralala, tralala, je crois qu’elle ne pourra pas s’en montrer fière longtemps, Mr Chapeau a des soubresauts nerveux de temps à autre, d’ailleurs réprimés par sa maîtresse qui le tient ferme ; mais comme elle veut remettre son gant, Mr Chapeau va se poser délicatement sur le lac !
Est-ce par dérision qu’un accordéoniste aveugle joue :
« En bateau, ma mie
En bateau… » !?
It’s both poignant and chilling to reflect on the fate that would have befallen this child, so full of innocent fun and joie de vivre, had she re-crossed the border into her native country, barely a few kilometres away…
Ecolint was the right place for Any in 1944.
Alejandro Rodríguez-Giovo
Foundation Archivist
*I’m grateful to my colleague Sara Privat (French Department, La Grande Boissière) for having alerted me to the avis de décès in Le Monde.
Quelques infos sur la vie de ma mère, Any Klein (née Hecker)
D’aussi loin que je m’en souvienne, ma mère m’a parlé de ses années à l’École Internationale, comme faisant partie des plus heureuses de sa vie, alors même qu’elle était réfugiée en Suisse pour échapper aux Nazis qui persécutaient les Juifs et que la situation ne devait pas être facile pour elle, qui avait dû quitter sa maison, ses amis et son chat, sans pouvoir dire au-revoir à cette vie — ses parents ne lui ayant rien dit avant le jour du départ. (Et, vous le lirez dans le texte que je vous joins, que par précaution ils avaient expliqué à cette petite fille qu’ils partaient faire une journée de ski !).
L’Écolint était, pour ma mère, un espace de liberté, avec des adultes bienveillants envers les enfants, et avec une façon d’éduquer et d’enseigner très progressiste et différente de l’école française de l’époque.
Elle me racontait (ainsi qu’à ses petits-enfants) que sa classe était située au rez-de-chaussée et qu’il lui était arrivé de s’enfuir par la fenêtre lorsqu’un cours l’ennuyait, notamment les mathématiques !
Lorsque mes grands-parents (Albert et Germaine Hecker) sont entrés en Suisse le 24 décembre 1942, ils ont été retenus dans un camp de réfugiés, qui est devenu aujourd'hui l’EMS Val Fleuri. Quelques semaines après leur arrivée, ma mère, qui avait à l’époque un peu plus de 10 ans, a été recueillie dans la famille de l’une des cousines germaines de mon grand-père.
Marianne Altyzer, la petite-fille de cette cousine, qui vit toujours à Genève aujourd'hui (sa mère était enceinte d’elle en 1942), m’a raconté la façon dont ses parents ont été prévenus de l’arrivée de la famille Hecker : lors du transfert entre le poste frontière et le camp, il y a eu un moment où les personnes détenues se sont retrouvées marchant dans la rue, et à ce moment-là, mon grand-père a donné un message écrit sur un morceau de papier à un passant. Ce message demandait que l’on prévienne M. Samuel Altyzer de son arrivée à Genève, avec sa femme et sa fille.
Lorsqu’ils ont été prévenus, Samuel et sa jeune femme Simone ont décidé que cette petite fille ne pouvait pas rester vivre dans un camp et sont allés la chercher. Simone et Samuel vivaient dans un appartement trop petit pour que ma mère puisse y rester dormir. Alors la jeune Any passait ses journées chez eux et la nuit chez Jacques et Anna (mère de Simone et cousine germaine de mon grand-père Albert Hecker).
À cette époque, Simone (née en 1913) et Samuel étaient un jeune couple qui attendaient un enfant, Marianne, avec laquelle ma mère est restée liée jusqu’à la fin de sa vie, et avec laquelle j’entretiens moi-même des liens d’affection très forts.
Jusqu’à ce que ses parents sortent du camp, plusieurs mois après leur fille, ma mère a été inscrite à l’école du quartier. Cela explique qu’elle n’a intégré l’École Internationale qu’en septembre 1943, alors qu’elle était en Suisse depuis la fin du mois de décembre 1942.
Mon grand-père Albert, né dans les Vosges (Le Thillot) en 1884, était commerçant et possédait, à Lyon, un magasin de tissus. Ma grand-mère Germaine, née en 1902, était femme au foyer. Née à Metz en 1902, elle fut allemande les 16 premières années de sa vie (Metz n’est redevenue française qu’en 1918, à l’issue de la 1ère guerre mondiale).
Dès 1934, mes grands-parents ont accueilli, chez eux, à Lyon, des réfugiés juifs allemands (ma grand-mère parlait couramment l’allemand), qui fuyaient le régime nazi d’Hitler. Cela explique sans doute que mon grand-père ait compris le danger de rester dans un pays occupé par les allemands et qu’il ait mis de l’argent de côté dans une banque Suisse, pour le cas où il devrait, lui aussi, se réfugier ailleurs. Ceci explique aussi que sur le registre d’inscription de l’École, il y a écrit « sans profession ». Ma mère m’a raconté qu’il avait dû prouver qu’il disposait de suffisamment d’argent pour pouvoir vivre en Suisse avec sa famille pendant au moins deux ans sans travailler (ne pas devoir vivre de l’aide sociale de la Suisse ?).
La Suisse est restée pour ma mère, et durant toute sa vie, un pays très important pour elle. Samuel est devenu le parrain de ma sœur, et elle a toujours gardé le contact avec Anna et Jacques, avec Simone et Samuel et bien sûr avec Marianne, leur fille.
Ce n’est donc certainement pas un hasard si en 1972, mes parents ont fait construire un petit chalet à Nendaz, et nous y allions en famille plusieurs fois par an. C’était pour eux un refuge et je suis certaine que ma mère (même si elle ne me l’a jamais dit de façon explicite), voyait dans cette maison un lieu où elle pourrait encore se réfugier si elle était à nouveau chassée de France.
Dans ce chalet, j’ai passé presque toutes les vacances d’été de mon enfance, ainsi que les vacances de Noël, de février et de printemps. J’y ai vécu de magnifiques souvenirs d’enfance et continue de m’y rendre chaque année plusieurs fois, au moins une semaine l’hiver et 15 jours ou 3 semaines l’été. J’espère y passer bien plus de temps lorsque je serai à la retraite. J’ai un attachement très fort à ce lieu, et à la Suisse en général.
À son retour à Lyon à la fin de la guerre, ma mère a intégré les EI (éclaireurs israélites), puis elle est devenue cheftaine de louveteaux, et cela a été très important pour elle, de s’occuper des autres. Peut-être est-ce dû à ses années genevoises.
Après son mariage avec mon père, en 1955, elle s’est installée à Paris et a travaillé avec lui dans son cabinet dentaire. À l’âge de 40 ans environ, elle a passé tous les diplômes nécessaires pour devenir maître-nageur sauveteur, et elle a enseigné la natation en tant que bénévole à des enfants handicapés, jusqu’à ce qu’elle crée le CGAN, club de Gymnastique Aquatique et de Natation, en 1994, à 62 ans. Elle y a enseigné la natation à des adultes (je crois me souvenir que son « élève » la plus âgée avait près de 90 ans !), jusqu’à ce qu’elle prenne sa retraite, à l’âge de 75 ans.
Ma mère a toujours aimé nager (alors que ses deux parents avaient très peur de l’eau) et elle m’a raconté qu’elle avait décidé de devenir maître-nageur après que – lors d’un séjour au bord de mer – elle eut assisté, impuissante, à la mort d’une personne par noyade, sans rien pouvoir faire pour la sauver, car elle ne connaissait pas les gestes qu’il fallait, ni pour aller secourir une personne en train de se noyer, ni pour la réanimer une fois sortie de l’eau.
Comme sa mère avant elle, ma mère s’est aussi beaucoup investie dans le bénévolat et le secours aux plus démunis. Durant des années, elle a aussi réalisé la revue de presse du journal International Herald Tribune, à la demande du Mémorial de la Shoah, à Paris, et elle a été très impliquée dans la vie de la communauté juive libérale (MJLF, Mouvement juif libéral de France) dont elle était membre fondateur.
Marine Philip (née Klein)

