Bulletin de l'Association des Anciens de 1945

Published on September 30, 2024

Nous sommes heureux de partager avec vous ce bulletin des Anciens, datant de 1945, redécouvert par Michel Payart dans les affaires de son oncle Jean-Louis, ancien élève de l'Ecolint dans les années 1940.

 

Entièrement dactylographié, ce document est un témoignage poignant de la vie au sein de notre communauté à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Tandis que de nombreux anciens élèves américains étaient déployés sur le front du Pacifique, les Français, eux, exprimaient la joie de la Libération malgré des conditions matérielles précaires et un hiver rigoureux. Il est touchant de constater qu’à peine 20 ans après la création de l’École, un fort sentiment de fierté et d’appartenance animait déjà la communauté des anciens.

Et puis j'ai été si fière de ma vieille école en apprenant comment les professeurs l’ont sauvée : Il n'y a certainement pas un deuxième endroit comme celui-là sur terre et je lui fais une propagande endiablée ! Vraiment c'est épatant.

Malgré le contexte international difficile, les anciens élèves se retrouvaient pour des bals et ont même fondé "L'Amicale des Joyeux Boulistes". Ceux qui étaient retournés à une éducation plus traditionnelle ne cachaient pas leur frustration, nous rappelant à quel point la pédagogie novatrice de l’Ecolint avait été révolutionnaire au début du siècle.

Au lycée nous avons quelques désillusions. Nous n’avions plus l’habitude de faire un travail aussi monotone et j’avoue que les sports me manquent énormément. Je n’aime pas apprendre par cœur des pages entières d’auteurs latin ou français. Vous savez que j’aimais beaucoup la vie à l’Ecole, et surtout, la véritable coopération qui existait entre les élèves et les professeurs. Il y a beaucoup plus de discipline à l’ancienne qui ne convient pas à mes idées modernes et j’avais perdu avec joie l’habitude de le mettre en rang pour rentrer en classe.

Voici quelques extraits choisis du bulletin, et vous trouverez le document complet ci-dessous.


Chers anciens, 

Nous sommes très heureux de pouvoir reprendre la publication de nos bulletins et, les nouvelles étant devenues plus abondantes, nous espérons pouvoir, sous peu, en envoyer de nouveau trois par an et aux cinq continents.

Nous voulons maintenant vous parler de la Journée des Parents qui, cette fois, coïncidait avec le XXème anniversaire de l’Ecole, notre dernier bulletin, No. 13, n'en avait pas fait mention, comme il a paru pour cette fête.

Deux compétitions sportives traditionnelles étaient inscrites au programme : un match de foot-ball nous opposa aux élèves actuels. Après une partie acharnée et une prolongation, nous remportâmes, finalement la victoire. Puis nos Anciennes durent combattre les jeunes filles actuelles Basket, ou elles subirent un triste échec. Après cela l'Ecole nous offrit un copieux déjeuner qui nous fit oublier nos fatigues de la matinée. La décoration de la salle à manger avait été spécialement créée pour nous par le Comité des Elèves, ce qui nous a beaucoup touchés,

Qui ne se souvient de cette mémorable journée : au milieu de la cour s'installa Radio-Genève pour faire un reportage sur l’Ecole dans plus de vingt langues différentes ! L'affluence des amis et l’atmosphère animée nous ramenait, nous les anciens, aux bons vieux temps d’avant-guerre. Mais ce n’était pas fini : les anciens, semble-t-il, ne voulaient pas quitter le parc cet, après un joyeux et arrosé pique-nique sous les marronniers de la terrasse et ils se joignirent au bal de fin d’année. Nous étions contents de voir parmi nous des anciens venus de tous les coins de la Suisse. Nous avons beaucoup parlé de nos amis absents et les anciens réunis étaient de tout cœur avec leurs camarades qui sont aux fronts. Qu’au moins le vingt-cinquième anniversaire nous rassemble tous sous Alexandre !

Quant à l’année scolaire 1944/45, voici ce qu’a été notre programme jusqu’ici : dans une première, les anciens décidèrent :

1) de se rencontrer tous les quinze jours : une conférence aurait lieu le premier de chaque mois, et une réunion amicale le quinze de chaque mois

2)A Noël, une rencontre sportive avec les actuels (match de football, match de basket-ball garçons, match de baske- ball jeunes filles)

3) Une soirée dansante entre anciens.

4) Pièce de théâtre

5) Fondation de "L’amicale des Joyeux boulistes »

Pour faire honneur à notre programme, nous nous sommes retrouvés sur un ring de boxe pour danser, c'était, paraît-il le seul local disponible ; après tout ne dit-on pas que la danse est un sport, alors pourquoi donc ne pas la pratiquer dans une salle de gymnastique ? Malgré ce décor, disons un peu singulier, la soirée fut charmante. La semaine suivante, la tête encore tout embrumée de visions pugilistes, nous partîmes plein de fougue pour fendre nos couleurs. Cette fois-ci en fait de sport nous fûmes servis. Le terrain de foot-ball ressemblait plus à une piscine qu'à tout autre chose.  Pour "nager", c'est bien de la nage que nous avons fait, au propre comme au figuré. Les actuels nous infligèrent une sévère correction et s'adjugèrent ainsi la coupe de Noël qui venait d’être créée. Nos anciennes furent battues à leur tour. Heureusement notre équipe de basket-ball garçons sauva l'honneur en remportant une victoire écrasante (grâce au géant Johannot).

Nous espérons que l'enthousiasme de la première réunion de l'hiver 1944 persistera. Et en passant le Comité se rappelle à vos bons soins pour la cotisation. Tout se paie on ce bas monde (même les bouteilles offertes par le Comité !).

La rédaction

NOUVELLES D'ANCIENS

Etats-Unis

( …)

Angleterre

( …)

Nous reproduisons ici une partie d'une longue lettre qu'Anne-Marie Walters a adressée à Mr Roquette le 30 novembre 1944.

"J'ai vu Éric il y peu de temps et j'ai appris avec horreur que vous croyiez que j'étais un pilote en Italie. Mon Dieu, non, rien de si glorieux ou de si épique ! Je suis désolée de vous désillusionner à ce point ! Éric est en grande forme, nous sommes revenus en Angleterre environ en même temps. Il est couvert de médailles et arraché par toutes les grosses légumes de la pluvieuse Albion : il ne mérite rien de moins d'ailleurs.

 ( …) ·..J'ai bavardé deux heures avec Éric. Ça a été magnifique d'avoir tant de nouvelles. Et si différent. (…) Et puis j'ai été si fière de ma vieille école en apprenant comment les professeurs l’ont sauvée : Il n'y a certainement pas un deuxième endroit comme celui-là sur terre et je lui fais une propagande endiablée ! Vraiment c'est épatant. (…) »

France

Denise Thalheiner écrit le premier février 1945 :

« … il a plus neigé sur Paris depuis quinze jours que depuis trente ans et comme il n’y a pas de moyens de chauffage nous sommes tous couverts d’engelures. Le ravitaillement aussi est difficile, et nous avons souvent regretté de ne pas avoir pris une indigestion chez un pâtissier avant de quitter Genève. Au lycée nous avons quelques désillusions. Nous n’avions plus l’habitude de faire un travail aussi monotone et j’avoue que les sports me manquent énormément. Je n’aime pas apprendre par cœur des pages entières d’auteurs latin ou français. Vous savez que j’aimais beaucoup la vie à l’Ecole, et surtout, la véritable coopération qui existait entre les élèves et les professeurs. Il y a beaucoup plus de discipline à l’ancienne qui ne convient pas à mes idées modernes et j’avais perdu avec joie l’habitude de le mettre en rang pour rentrer en classe. Je pense naturellement beaucoup à mes anciens professeurs et à mes chers camarades de l’Ecolint… »

(…)

M.Machu écrit à M Dpupuy en date du 21 janvier 1945 (reçu en février) :

« …La libération s’est passée ici sans indicents trop graves. Visiblement l’envahisseur partait et ne comptait pas résister en cet endroit. Il y eut pourtant quelques « accrochages » et naturellement les Allemands ne s’abstiendront pas de commettre quelques horreurs caractéristiques de ce dont ils étaient devenus coutumiers pendant les derniers mois de l’occupation.

Depuis nous avons repris une vie normale tant bien que mal. Les établissements scolaires sont rentrés. Nouveaux programmes, une atmosphère de liberté, ce qui est bien appréciable ! Au point de vue matériel le progrès est mince et la vie est particulièrement dure cet hiver (…) Lorsque cette guerre sera finie, il sera bien de faire paraître une édition spéciale de l’ « Ecolint » pour renseigner tout le monde sur le sort des uns et des autres. »