
From the archives-L'Ecole Internationale de Genève a 25 ans
As we are closing our Centenary year, we are looking back at 1954 when the school was celebrating 25 years. The text below was written by M.Meyhoffer for the 1954 "Journal Annuel".
L'Ecole Internationale de Genève a 25 ans
25 ans ! ! 25 générations d'enfants, 2300 élèves en tout !
Auxquels vais-je m'adresser ?
Si je parle d'un joli petit chalet prêté par M. Ad. Ferriere, la vie coulait où plaisante, où l'on jouait beaucoup, où l'on travaillait pas mal, où l'on était en famille, où, au printemps, pour faire la classe en plein air, sous une magnifique aubépine rose, il suffisait de transporter une table et 5 ou 6 chaises, en intéresserais-je beaucoup plus qu'une vingtaine des tout anciens ?
Si je vous parle de la rue Charles-Bonnet, d'Onex, de la rue Bellot, de la rue de Beaumont, ces installations successives ou simultanées de l'école, qui cela intéressera-t-il, sinon les générations de 1925 à 1929 ? Si, d'aventure, l'un de ceux-là lisait ces lignes, il se rappellera certainement, avec l'indulgence que l'on accorde au souvenir d'un passé sympathique, les bruyants transports en car, de la ville a Onex et vice-versa ! Que d'amusantes randonnées nous avons ainsi faites, mais aussi, souvent que de chahut, au grand étonnement (pour ne pas dire plus !) des paisibles bourgeois qui voyaient passer cette bande de sauvages, comme dirait chef Monnier, cette fois non sans raison.
Et de nos belles courses de printemps, vous en souvenez-vous, amis de ce temps ? La Rippe, Les Avants, etc., et cette belle course d'automne on nous visitâmes la Tréfilerie de Cossonay, la fabrique de papier et la chocolaterie Suchard à Serrières, etc.
Si je vous parle des premières années de la Grande Boissière, qu'en penseront ceux des années précédentes ? Vous, de 1929, 1930, 1931, vous rappelez-vous de cette fugue des Armstrong dans l’automobile de M. Brunel et de la « terrible » sanction qui s'en suivit ? Et cette soirée de Halloween où, quand tout le monde dormait, Nel. Ordway, Al. Rodi et d'autres se levèrent et allèrent verser de l'huile sur les rails du tram, pour le plus grand dam des braves gens qui, rentrant chez eux, ne comprenaient pas pourquoi les roues se mettaient à patiner.
Et si je parle des années ultérieures, puis des années de guerre, cela intéressera-t-il ceux qui n'y étaient plus ou ceux qui n'y étaient pas encore ?
N'y a-t-il donc rien qui puisse intéresser toutes les 25 générations, rien qui soit comme une trame continue supportant cette longue tapisserie que forment les divers incidents de la vie de notre école ?
Au milieu des évènements toujours nouveaux, toujours autres, il y a une continuité profonde.
Les élèves de l'école se renouvellent entièrement en quelque 7 à 8 ans et malgré cela l'Ecole d'aujourd'hui est encore celle d'il y a 25 ans : Un même but, un même idéal, un même esprit l'animent.
Il y a donc quelque chose qui n'a pas changé depuis le début et qui nous unit tous, vous les 2300 élèves, nous les quelque 200 professeurs.
C'est l'esprit de l'école. Cet esprit si difficile à définir, mais que l'on sent si bien, cet esprit dont on parle depuis toujours, que l'on évoque presque comme un être vivant, mais qui s'échappe quand on croit le saisir, probablement parce que l'esprit d'une institution c'est quelque chose qui mourrait s'il était exactement délimité, qui n'existe que s'il VOUS dépasse, si on doit le chercher, le poursuivre, le conquérir toujours à nouveau.
C'est cet esprit qui inspirait les premiers fondateurs, les Sweetser, les Rajchmann, c'est à lui que tâchèrent de donner corps les premiers pionniers. Mlle Hartoch, Miss Fake, puis c'est lui que surent si puissamment entretenir, développer, incarner, M. Dupuy, Mme Maurette et d'autres avec eux et grâce à eux.
Cet esprit transparait au milieu d'une multitude d'activités et de manifestations tout au long de la vie de l'école.
Et peut-être, en rappelant quelques-uns de ces traits, arriverai-je a trouver ce qui peut intéresser les 25 générations que vous êtes.
La plus ancienne tradition est, je pense, celle des assemblées du matin. Au cours de ces quelque 750 assemblées, que de sujets divers , que d’orateurs nous avons entendus et certes pas tous des moins célèbres. Je n'en rappelle que quelques-uns : Le Dr Eckener, créateur des Zeppelins, Lindberg, illustre par le premier vol transatlantique, lord Robert Cecil, Gilbert Murray, F. Nansen, que d'autres encore ... !
En 1930, c'est sous l’impulsion de M. Edmunds que furent instituées les assemblées du matin.
Je sais être d'accord avec beaucoup d'entre vous en disant que les assemblées ont contribué, plus peut-être que tout autre chose, à créer l'esprit de l’Ecole internationale.
Elèves de 1929 à 1931, vous n'avez certainement pas oublié la puissance d'inspiration, l'élévation de pensée, l'atmosphère tonifiante qui se dégageaient de telle causerie de Mme Lefranc, de M. Edmunds ...
Puis ce sont les causeries de Mme Maurette sur l'histoire de l'art qui ont ouvert les yeux de tant d'entre nous sur la beauté en même temps qu'elles enrichissaient le cœur et l'esprit.
Et personne non plus n'a oublié les exposés de M. Dupuy sur les évènements politiques. Comme il savait bien, avec une parfaite objectivité, mettre les auditeurs au courant des choses et montrer ce qui se faisait de beau et de bien ainsi que ce qui constituait des atteintes à l’idéal de solidarité et de fraternité humaines.
Depuis le début de l'école, les assemblées unissent donc ayec des souvenirs différents, mais selon une inspiration commune, tous les membres de la famille Ecolint à travers le monde.
Autre ancienne tradition : les représentations théâtrales.
Elles ont eu leur place dès le début. Très simples pour commencer et quelque peu maladroites elles se sont perfectionnées petit à petit.
Vous n'avez pas oublié, certains d'entre vous qui me lisez, les assemblées de la classe de M. Dupuy où étaient représentées des scènes de Molière. M. Dupuy y apportait l'entrain, le talent qu'il mettait à tout ce qu'il entreprenait.
Puis ce furent les ravissantes quasi-improvisations de Mlle Dellisch. Midsommers' night dream, première représentation données clans le parc, ou Antony de Righi fit un Puck délicieux.
Et les représentations de l'oiseau bleu !
Ce furent ensuite les pièces dirigées par M. Edmunds : Twelfth Night, Jedermann ...
Puis ce furent les représentations dirigées par M. Drummond : quelques pièces de Shakespeare et surtout des pièces du théâtre grec qui devenaient un véritable spectacle de beauté dans le cadre nocturne du parc.
Enfin les activités dramatiques dirigées par Mme Honegger sous l'experte direction de laquelle maintes pièces furent jouées.
Autre lien qui unit toutes les générations :
La célébration de l'anniversaire de l'armistice du 11 novembre.
Ce jour-là, l'atmosphère est autre. Les plus jeunes ne comprennent peut-être pas très bien, mais sont impressionnés par le sérieux inusité de cette assemblée convoquée à une heure inhabituelle. Les plus grands savent mieux porter leur pensée vers les malheurs causés par le manque d'entente entre les hommes et tous écoutent, sérieux et émus, les paroles Iues en français, en anglais, en allemand : description des maux causes par la guerre, angoisse des hommes devant ce fléau dont l'humanité a tant de peine à se débarrasser, paroles d'espoir vers une compréhension fraternelle, telle que nous nous efforçons de la développer.
Tout particulièrement émouvantes furent les assemblées du 11 novembre pendant les années de guerre.
L'école était beaucoup moins nombreuse, on serrait les rangs autour de notre drapeau, symbolisant la fraternité. Bon nombre d'élèves avaient souffert directement de la cruauté des hommes. Plus d'un avaient connu les camps de concentration, les fuites clandestines, voire les passages sous les barbelés.
C'est alors que l'on sentait combien il était nécessaire, indispensable de défendre l'esprit de l'Ecolint !
C'est ainsi que pendant 25 ans a vécu l'Ecole Internationale, chacun apportant sa pierre à l'édifice et s'efforçant pour sa petite part de contribuer à l'érection d'un monde meilleur où la bonne volonté règnerait entre toutes les nations.
Je ne puis mieux terminer ces quelques souvenirs fragmentaires et incomplets (il faudrait un volume pour tout dire) qu'en rappelant quelques lignes d’un discours que prononça à Onex M. Dupuy, le 20 septembre 1925, a l'occasion de l'ouverture de la 2ème année de l'Ecole Internationale.
« … L'Ecole Internationale a une espérance fondée sur une foi ... L'espérance est celle-là même qui, née au milieu des ruines, surgie des pires désastres que l'Humanité ait connus, a saisi la grande âme du président Wilson, l'a soulevée, l'a pénétrée ... a enfanté ... la Société des Nations, et le Bureau International du travail ou des cerveaux d’élite sont animés d'une foi ardente ... dans les bienfaits que la collaboration, l'union, le respect réciproque doivent assurer à l'ensemble des peuples.
Cette foi, nous la partageons, nous les professeurs ... nous voulons qu'elle soit aussi la grande animatrice de notre travail et de notre enseignement.»
J'ajouterai que cette foi a été partagée par beaucoup d'entre vous, qu'elle les a soutenus pendant les horreurs de la seconde guerre mondiale et que c'est celle qui anime toujours l'école au seuil de l'étape nouvelle qui s'ouvre devant elle.
Paul Meyhoffer.
