Rencontre avec la photographe Kelly de Geer (LGB, 2013)

Published on July 8, 2026

À l’occasion d’une visite de campus, nous avons eu l’opportunité de discuter avec Kelly De Geer, une talentueuse photographe, qui, après avoir étudié et travaillé à New York, est de retour à Genève.

Comment as-tu commencé à t’intéresser à la photographie ? 

J’ai commencé à m’intéresser à la photographie grâce à mon père.  Lui-même étant un fou de gadgets, il m’avait donné son ancien appareil photo. Je devais avoir 12 ou 13 ans. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’amuser avec, surtout avec mes copines. On organisait des petits photoshoots que je postais ensuite sur mon Skyblog… une grande époque ! Plus sérieusement, j’ai eu énormément de chance d’avoir des parents qui m’ont exposée à l’art dès mon plus jeune âge. Chaque été, nous allions aux Rencontres de la photographie d’Arles, et je pense que c’est là que j’ai commencé à regarder la photographie différemment. Petit à petit, ce qui était au départ un jeu est devenu une véritable passion.

Comment l’Ecolint, les cours et/ou les professeurs t’ont aidé à développer tes talents photographiques ?

L’Ecolint a été une période hyper importante de transition pour moi. J’y suis arrivée à 16 ans pour commencer l’IB, sans vraiment savoir à quoi m’attendre. En revanche, je savais que c’était une école qui me correspondrait bien, surtout parce que ma mère avait fait toute sa scolarité à La Grande Boissière et insistait beaucoup pour que j’y aille. Je dirais que la première chose qui m’a marquée, c’est de rencontrer des gens venus des quatre coins du monde. Ça nous pousse naturellement à garder une grande ouverture d’esprit et, dans mon cas, j’ai eu la chance d’y nouer certaines des amitiés les plus importantes de ma vie. J’ai aussi eu la chance d’avoir un prof d’art dès ma première année, Mr. Preece, qui sortait complètement de l’image assez traditionnelle que je m’étais faite d’un professeur. Il nous encourageait à sortir de notre zone de confort, à expérimenter et à cultiver notre originalité. Et puis, il avait aussi un talent bien à lui pour nous faire sursauter de temps en temps…

Tes portraits dégagent une grande puissance et une proximité avec les sujets. Comment travailles-tu avec tes modèles ? As-tu une idée de base ou cela se construit pendant la séance ? 

Je garde un vrai amour pour la photographie documentaire et les portraits, parce que dans les deux cas, il y a un échange. Ce qui m'intéresse, c'est le regard, les petites expressions et les moments spontanés. J'arrive souvent avec une idée de base, un moodboard, une direction artistique ou une mise en scène en tête, mais je n'aime pas tout contrôler. Pour moi, le plus important, c'est de mettre la personne à l'aise, de créer une vraie discussion, et une fois que la confiance est là, les meilleures images arrivent souvent toutes seules. J'ai tendance à être attirée par une personne pour son attitude, son énergie ou sa façon d'occuper l'espace, bien plus que par une simple beauté. J'aime ce côté un peu cru, authentique, sans filtre. C'est cette personne-là que j'ai envie de documenter. Et au fond, c'est la même chose quand je voyage : j'aime observer, explorer et photographier ce qui m'interpelle, ce qui me fait ressentir quelque chose.

Qui sont les photographes que tu admires ? 

Il y en a une très longue liste ! Parmi les photographes qui m’ont le plus marquée, je citerais Irving Penn, Robert Mapplethorpe, Richard Avedon, Martin Parr, William Eggleston, Mary Ellen Mark, Tim Walker, Patrick Demarchelier, Joel Meyerowitz… et encore beaucoup d’autres. En ce moment, je suis aussi énormément le travail de photographes contemporains comme Szilveszter Makó, Michael Bailey-Gates, Sinna Nasseri, Lauren Bamford, Caroline Tompkins, Paul Kooiker ou Jack Davison. J’en oublie sûrement plein, mais c’est déjà un bon aperçu de ceux qui m’inspirent au quotidien.

Tu es de retour à Genève après avoir vécu à New York, est-ce que ton travail s’en trouve changé ? New York doit être une ville plus inspirante et excitante que Genève. 

Je dois avouer que New York reste une énorme source d’inspiration pour moi, tout comme le voyage de manière générale. C’est une ville où je pouvais sortir avec mon appareil photo sans avoir de plan précis et rentrer quelques heures plus tard avec une série d’images. Il y avait toujours quelque chose à observer, une rencontre, une scène de rue, une énergie que j’adorais documenter. En rentrant en Suisse, ce rythme m’a forcément manqué. C’est aussi à ce moment-là que j’ai découvert l’intelligence artificielle. Au départ, c’était simplement de la curiosité. Puis j’ai réalisé que c’était une autre façon de créer, avec une liberté presque sans limites. Aujourd’hui, je partage mon temps entre des mandats en photographie et en IA. Mon cœur reste très attiré par le documentaire, par l’humain et les histoires vraies. Et assez ironiquement, j’aime aussi utiliser l’IA pour imaginer tout ce qui ne pourrait jamais exister dans la réalité. Au final, je crois que je suis simplement curieuse. Ce métier évolue sans cesse et j’aime explorer de nouvelles façons de créer et continuer à apprendre.  

Tu as adopté le travail avec l’IA, peux-tu nous expliquer comment tu l’intègres ?

 L’IA est arrivée dans ma pratique assez naturellement. Au départ, c’était simplement de la curiosité. J’étais fascinée par cette technologie capable de créer des images qui ressemblent à des photographies tout en étant complètement différentes. Plus j’ai exploré cet outil, plus j’ai compris qu’il me permettait d’aller dans des directions où la photographie ne pouvait pas toujours m’emmener. Je pars généralement d’une idée visuelle ou d’une émotion, puis je génère des centaines d’images jusqu’à retrouver exactement ce que j’avais en tête. C’est un processus très intuitif, qui peut prendre quelques heures comme plusieurs semaines. Ensuite, je retouche les images avec les mêmes logiciels que pour mes photographies. Ce qui me plaît le plus, c’est d’explorer des idées sans les limites du réel, tout en gardant un regard et une esthétique profondément photographiques.

Où peut-on voir tes photos ? 

Mon travail est visible sur mon site internet : kellydegeer.com ainsi que sur Instagram : @kdegeer.

Quels sont tes conseils pour les élèves ou les jeunes alumni qui se destinent à la photo ?

Je leur dirais d’éviter de passer trop de temps à essayer de reproduire les tendances ou de comparer leur travail à ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, on est constamment exposé à des images, et c’est facile de perdre un peu sa propre vision. Je pense qu’il est beaucoup plus important de sortir, de voyager quand on le peut, d’explorer, d’aller voir des expositions, des concerts, de rencontrer des gens et de cultiver sa curiosité.