Sommes-nous vraiment internationaux ? Marie-Thérèse Maurette 1948

Published on June 20, 2023
Classes de secondaires anglaises en 1952

En parcourant les journaux annuels de l'Ecolint qui ont été publiés jusque dans les années 1970, nous sommes tombées sur un texte de Marie-Thérèse Maurette intitulé : "Sommes-nous vraiment internationaux ?".

La première femme Directrice de l'Ecolint qui comme on le sait, n'avait pas la langue dans sa poche, répond au texte d'un élève s'offusquant des tenues décontractées de ses camarades de classe américains qui ne rentraient pas leurs chemises dans leur pantalon : "we witnessed the unending processions of exotic dresses, displayed by our new friends. Since childhood, I have been brought up to think that shirts and blouses are generally tucked inside trousers and skirts. Apparently, this does not seem the case in the New World. Being thoroughly practically-minded and firm believers in modern air conditioning they seem to insist on wearing the above-mentioned articles (which by the way must have been fashioned out of second-hand curtains, or such-like) over the conventional waistline."

Pourtant assez conservatrice et n'hésitant pas à demander aux élèves de se démaquiller ou de retirer leurs chaussures à talons comme le raconte Alejandro Rodríguez-Giovo, Emeritus Foundation Archivist dans son portrait dans le numéro 29 d'echo magazine, Marie-Thérèse Maurette adresse une réponse pleine de mordant et "rhabille" le jeune homme.

"Sommes-nous vraiment internationaux ?

Mon cher Mikey,

C'est entendu, ils sont vêtus comme le Saint-Frusquin, dirait-on dans notre pays, n'est-ce pas, compatriote ?

Mais si tu voyais se présenter à l'école de jeunes Chinois ou Chinoises en costume de chez eux (c'est arrivé, tu sais !), une lndienne en sari (c’est également arrivé) ou en pajama ( ! ! ! ) , ou un lndien en turban (regarde une des photos de la petite École internationale de Lake Success), ferais-tu tout ce « foin », si j'ose encore parler comme chez nous ?

Ne te vient-il pas à l'idée qu'eux peuvent te trouver des singularités bizarres. Demande à Dean ou à Witwer ce qu'ils pensent de ta coupe de cheveux et de celle de certains autres. Elles feraient peut-être retourner dans Mainstreet.

Tu as envie de leur rentrer la chemise dans la culotte ! Eux ont peut-être envie de te la sortir. Eh bien ! Allez-y ! Vous vous toucherez la peau, ce faisant. Si seulement vous pouviez vous toucher l'âme !

Voila ! Parce qu'ils font flotter leur pantet, tu les considères comme étranges, c'est-à-dire « étrangers », et tu t'en iras dans la vie disant : « Ces Américains, ils sont comme ceci et comme cela, la chemise au vent ! Je les ai bien connus, à l'Ecole internationale ! »

Les connais-tu vraiment plus loin que la chemise ?

J'ai eu en pitié nombre d'entre eux, cette année, les voyant arriver, dépaysés souvent malgré eux, pleins de la nostalgie des coutumes de chez eux - God's own country - ou tout est plus simple, plus familier, plus accueillant, bien que souvent plus rude. Ceux qui arrivaient, ouverts et curieux, ont-ils rencontré l'accueil qu'ils attendaient ?

Je crois cependant que vous vous êtes mêlés. J'ai vu des amitiés internationales se nouer, comme autrefois ; il y a eu collaboration dans les comités, mais, comme Fiechter l'a dit, pas assez.

Et je suis inquiète.

Ceux qui vont sortir cette année de l'École porteront-ils la Marque ? La marque de l'École internationale, la fameuse marque dont nombre de vos anciens sont fiers ? La porteras-tu, quand tu partiras ?

Cette marque, c'est qu'il n'y a plus pour vous d' « étrangers » de par le monde ; que partout, vous êtes prêts à rencontrer des amis.

Et si affaire de chemise il y a, vous devez être prêts, en signe d'amitié, les uns à rentrer leur chemise, les autres à la sortir, et dans une course à qui ira le plus vite pour se conformer au code vestimentaire de l'autre, à la tomber.

Mais que diraient les gens de Grange-Canal ? Car, eux, ont puissamment, grâce à notre voisinage, le sens de l' « étranger », et tu en es un pour eux, tout comme les Américains !

À part cela, félicitations pour ton anglais. Si tu sais leur langue, c'est déjà cela !

Marie-thérèse MAURETTE

Française. 57 ans.

Dix-neuf années d'École internationale. (Ne pas confondre avec Thérèse Maurette.)"